Brice VDH : Réalisateur – Vidéaste

Brice VDH est un réalisateur-vidéaste de clips pour des artistes emblématiques de la scène francophone dont Julien Doré, Angèle, Clara Luciani et Roméo Elvis. Lauréat d’une Victoire de la Musique pour le clip « Tout oublier », l’ensemble de ses réalisations cumulent plusieurs dizaines de millions de vues sur Youtube. Le RDV est donc pris pour évoquer autour d’un café le parcours singulier et les anecdotes étonnantes de l’un des créateurs de contenus les plus talentueux du moment.

Bonjour Brice, peux-tu nous parler de ton parcours ?

Bonjour Yves-Michel, je suis belge et j’ai intégré une école en Belgique qui s’appelle l’IAD ( Institut des Arts de Diffusion ) où je n’ai pas été très souvent en cours. D’ailleurs, je n’ai même pas mon diplôme ( rires) mais ça m’a donné les outils techniques et pratiques, c’était un laboratoire génial. Puis après une expérience de plusieurs années au sein d’une chaine pour les jeunes en Belgique Plug TV qui s’appelle désormais Plug RTL, je me suis lancé

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

J’ai toujours été très attiré par le cinéma nordique, des pays de l’est. Des trucs très glauques mais très drôles. C’est vraiment un cinéma froid, glacial, qui en même temps est amusant, léger. Les films de Lars Von Trier m’ont foutu une grosse claque, c’est à ce moment que j’ai réalisé qu’avec le cinéma ou l’image on pouvait faire ce qu’on voulait, en respectant aucun code universel. Mais j’avoue, je ne regarde plus beaucoup de films depuis dix ans. J’ai peur parfois de copier sans faire exprès, de faire un clip et qu’on me dise, mais ça existe déjà.

Quel souvenir gardes-tu de ton tout premier clip video ?

C’était « Les bords de mer » pour Julien Doré en 2010. Je l’ai rencontré en Belgique, il donnait un concert dans un grand bar à Bruxelles, ensuite on a bu des coups, on s’est tout de suite bien entendu. Puis il nous a proposé avec ma collègue de l’époque de réaliser son clip, alors que j’en avais encore jamais fait. La semaine suivante, nous sommes donc allés à la Fnac pour acheter un caméscope tout simple, comme ceux qu’on achète pour filmer ses vacances. Et puis nous nous sommes rendus à la mer en Belgique. Julien s’est déguisé en sirène, on a loué un cheval pour 50 euros et c’était parti. Le tout a dû couter 150 euros plus l’essence. Et j’adore ce clip parce que je le trouve à l’image de ce que j’ai fait après, avec trois bouts de ficelle, une veille caméra et un artiste charismatique tu peux faire un clip. Et Julien est devenu un très bon ami avec qui je continue de travailler.

 

As-tu une façon particulière d’élaborer tes projets de clips video ? 

Je ne me considère pas comme scénariste car pour moi c’est un métier à part entière hyper important. Je me considère en fait comme un découpeur. À partir d’une scène ou d’une histoire, je la découpe en valeur de plans, sur une échelle du temps pour la faire exister. Souvent l’artiste vient avec ses idées, à partir de là, on développe ensemble le projet. 

Il apparaît dans les crédits des vidéos que tu réalises, montes et étalonnes tes vidéos, est-ce très important pour toi d’occuper ces différents postes ?

C’est parce que je suis psychorigide ( rires ) Je suis vraiment passionné par mon métier donc j’aime toucher à tout. Le clip, c’est un format que je trouve génial. En plus ce sont des montages assez nerveux et moi j’aime bien ça. J’apprends aussi que c’est bien de déléguer parfois. Par exemple sur « Oui ou Non » d’Angèle, c’est le premier clip sur lequel je n’ai pas filmé et ça m’a fait du bien. C’était une très grosse équipe, et comme c’était des parodies de publicités, je préférais avoir quelqu’un qui a l’habitude de filmer des pubs mais j’ai quand même monté le clip, je te rassure ( rires )

Tu as réalisé beaucoup de vidéos pour Julien Doré ( des clips, un documentaire, des sessions acoustiques, etc…), comment s’est passée la collaboration avec lui ? 

J’ai passé beaucoup de temps avec lui, il est hyper créatif et les idées fusent continuellement. Par exemple, le clip du « Lac », on l’a tourné à 3 ( lui, moi et un pote). On avait loué un 4×4 et on s’est baladé un peu partout en France avec sa petite moto. Dès qu’il y avait un décor qui nous plaisait, on descendait la moto et on tournait. Et puis à la fin, on a eu cette idée d’inviter Pamela Anderson dans la vidéo. J’aime bien l’idée d’avoir un truc qui a l’air vraiment pro mais fait très simplement. Et j’adore le clip de « Sublime & Silence », j’ai d’ailleurs 4 ou 5 heures de rushs que personne n’a jamais vu. Je tournais avec un Lumix GH4, maintenant je tourne avec une caméra Black Magic.

 

Tu apprécies particulièrement ce type de relations avec les artistes ?

J’aime bien travailler avec des artistes que je connais bien, j’ai besoin de passer du temps, de comprendre la personne. En fait tous les gens avec qui je travaille sont devenus des amis, Julien est un ami, Angèle je la connais très bien, Clara Luciani aussi…J’ai besoin de faire des images, d’aller en tournée avec eux, de rester dans le bus, etc…J’ai dû mal à arriver sur le tournage d’un clip et de ne pas connaitre la personne.

Tu as réalisé plusieurs clips video avec Angèle dont le premier « Tout oublier » en collaboration avec Léo Walk, comment se sont passées la rencontre et la collaboration avec elle ?

Sylvie Farr, ma compagne est également la manageuse d’Angèle. Et avant, c’était sa baby sitter. J’ai donc rencontré Angèle, au tout début, avant qu’elle ne soit connue, quand elle faisait ses premiers concerts à Bruxelles dans des bars avec peu de personnes dedans. Puis s’est monté très vite. On fonctionne un peu de la même façon qu’avec Julien Doré, ce sont des toutes petites équipes avec peu de décideurs. Les décisions se prennent surtout entre Angèle, Sylvie et Nico, le deuxième manager. Les choses sont fluides et vont vite. Pour « Tout oublier », nous sommes partis à Barcelone 3 jours, on était juste 7, ça c’est fait avec un Lumix GH5 tout simplement. Pour l’équipe technique il y avait Léo Walk et moi. Une amie productrice en Belgique s’est chargée de la logistique ( billets de train, billets d’avion et des locations AirBnB). Et Roméo est venu avec sa manageuse.

 

Et quel effet ça procure de réaliser que ce clip approche les 100 millions de vues sur Youtube et a été récompensé par une Victoire de la Musique ?

C’est super cool, ce que j’aime bien, c’est qu’il a été fait tellement simplement. C’est  bien de réaliser qu’avec un boitier, de bonnes idées, on peut aller très loin. Et je souhaite à tout le monde de vivre la même expérience. 

Aujourd’hui as-tu des envies particulières ? Des défis que tu souhaites relever ?

Pas particulièrement mais j’ai toujours envie de faire des images partout dans le monde. La prochaine étape serait peut-être de faire de la fiction, du documentaire. Parfois j’ai la frustration de ne pas laisser assez vivre les plans. J’adore les clips et les montages très cut, mais j’aime bien rajouter aussi des plans avant ou après pour installer une ambiance. Par exemple dans le clip « Soleil » de Roméo Elvis, il y a un plan à la fin avec Angèle et un singe qui n’était pas prévu. On a improvisé ça avec un pote qui s’est déguisé en singe et puis la séquence a été tournée au le Canada où se trouvait Angèle, alors que les séquences de Roméo ont été tournées dans un camping à Antibes. 

Quelles sont les applications ou les outils que tu utilises régulièrement ?

Surtout des sites de matériel et une application pour voir les optiques « MagicCinema Viewfinder ». Tu peux choisir à travers la caméra de ton téléphone l’optique qui te correspond. Il y a également « Streetview », c’est top pour faire des repérages en restant chez soi. Et Youtube, c’est vraiment une mine d’or, il y a des tutos pour tout.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune réalisateur ou une jeune réalisatrice ?

De ne pas hésiter à filmer plein de trucs, tout le temps. Aujourd’hui t’achètes un boitier, un stabilisateur et tu peux faire un clip. Dans le rap, c’est top, le nombre de clips qui sortent continuellement. Je suis super content de voir émerger tous ces jeunes qui font des images. C’est la raison pour laquelle j’aime bien le terme « vidéaste ». Le terme « réalisateur » fait tout de suite un peu cinéma, caméra, grosse équipe, etc…alors que dans « vidéaste » il y a un côté punk qui me plait bien.

 

Rédacteur en Chef de Social Music Café / Influence Marketing et Social Media Consultant chez Artfluence.fr

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